__Nous nous réveillâmes côtes à côtes, enlacés sous les couvertures douces et chaudes de ma chambre d'hôtel. La nuit passée avec Shannon avait été des plus éprouvante et je n'en avais perdu aucune seconde. Observant son visage pâle, je souriais, alors que celle-ci s'éveillait doucement, me laissant apercevoir son doux regard.
__L'expression qui se forma sur son visage ne fut pas celle que j'attendais. Non, vraiment pas du tout. Ses lèvres s'étiraient de manière à former une grimace et ses yeux scrutaient la pièce dans toutes les directions, comme si elle était à la recherche d'une échappatoire, pour pouvoir filer le plus rapidement possible.
__J'étais blessé. Tout en se redressant, elle poussa un cri de stupeur lorsqu'elle remarqua qu'elle était nue et plaça ses mains sur sa poitrine avant de rougir de la tête au pied. Attrapant ses quelques affaires, elle enfila le tout rapidement et m'observa quelques minutes, avant de s'interroger.
____- Dites, qu'est-ce que je fait ici ?
____- Euh, Shannon je... Tu ne te souviens pas ? Je veux dire, la nuit, la soirée même, tout ça, non ? Demandais-je, un léger soupçon de colère dans la voix.
____- Non, pas vraiment. Soupira-t-elle, en regardant ses pieds. On a fait ce que je pense ? Enfin, non finalement je ne veux pas savoir. J'étais sans doute bourrée, pour ne pas m'en souvenir.
____- Mais...
____- Quoi qu'il en soit, je pars, sinon mon petit ami risquerais de s'inquiéter. Me coupa-t-elle, sèchement. On ne se connaît pas et on ne s'est jamais vu, c'est bien comprit ?
____- Je pense oui, déclarais-je, amère.
____- Bien.
__Sans prendre la peine de dire au revoir, elle s'en allait, la tête haute.
__Me laisser aussi vulgairement que ça, seul, nu, après avoir joué avec moi toute une nuit ? M'avouer qu'elle avait un copain alors que je commençais déjà à être fou amoureux d'elle ? Vraiment ? Elle pensait que j'allais si facilement oublier ? Non. Bien sûr que non.
__Ce n'était pas dans mes habitudes d'oublier les sales coups...
__Attrapant le premier jeans qui me passait sous la main, passant rapidement un coup de brosse dans mes cheveux, je souriais, froidement.
__Sortant la petite valise de cuir marron que j'avais soigneusement dissimulée sous mon lit, je rigolais, intérieurement. Ouvrant les précieux verrous, je soupirais de satisfaction en regardant mes outils.
Lames, flingues, silencieux où non, petit ou gros calibre, j'avais le choix. Vraiment le choix. Sans doutes cette trahison n'était rien, sans doutes j'aurais pu passer à côté. Mais le truc, c'est que ça m'était insupportable de savoir que mon honneur avait été ainsi bafoué. C'est moi qui manipulais et personne d'autre. Cette petite sotte voulait se jouer de mon amour ? Et bien, moi, je me jouerais de sa vie.
__Au revoir, Shannon.
*
__Descendant dans le hall, j'observai les différentes personnes qui défilaient, mais aucune ne ressemblait à ma cible.
__Son petit corps frêle ne serait sans doute pas difficile à éteindre, le problème, c'est qu'il restait à savoir comment. Et surtout, quand.
__Commandant un café, je m'asseyais, jouant avec mes doigts sur le rebord de la petite table en acajou. Les mosaïques qui l'ornaient était d'une splendeur rare et sans rien cacher, je me suis perdu devant pendant dix bonnes minutes. Jusqu'au moment où une chevelure rousse me fit immédiatement relevé la tête.
__Elle.
__Au bras d'un homme dont les bras en question faisait trois fois mon cerveau. J'étais mal. Sans réellement m'approcher, je payais le café que je n'avais même pas bu pour les prendre en pseudo-filature. Deux voitures différentes les attendaient. Une noire, une blanche, laquée à la perfection, avec aucunes traces de saleté ou autre.
__Sortant du côté passager, un homme vint ouvrir à Shannon, avant de s'installer à nouveau et de démarrer, lentement.
__Ainsi, Shannon était une riche ? L'une de ces filles qui vous regardent de haut, tout en vous jugeant sur la qualité de votre travail et votre salaire au mois, qui vous insultent de tous les noms lorsque leur volonté n'est pas exaucé et qui se font des millions de complexes ?
__Mais ou était la Shannon d'hier soir, bordel ?
__Impossible.
__Rentrant la tête dans les épaules, je marchais, pour demander au premier taxi de la suivre.
Je me donnais du mal. Vraiment du mal. Mais je voulais me venger. Je ne supportais pas l'idée qu'elle aille coucher avec moi pour ensuite aller faire les yeux doux à son petit ami beaucoup plus musclé qu'il n'était intelligent. Non, je ne supportais pas. Pourquoi ? Puisque, tout simplement, c'était la mienne.
__Et rien que la mienne.
__Sa vie m'appartenait, elle était scellée à la mienne, comme on scelle une lettre avec un sceau de cire. Aucune différence. Elle serait à moi pour l'éternité. Je l'aimais, elle se devait de m'aimer. Ou alors, la mort serait son seul point d'échappatoire...
__La pire erreur de sa vie avait été de me rencontrer.
*
____- Le meurtre de la célèbre Shannon, femme du footballer réputé a été déclaré ce matin, à l'aube, alors qu'elle s'apprêtait à rentrer chez elle, seule. Aucune traces d'armes, de vêtements et encore moins d'empreintes digitales. Le cadavre à tout d'abord été étouffé, avant d'être transpercer par une douzaine de coups de couteau. L'autopsie n'indique aucune prise de médicaments. En revanche, on peut voir que les vertèbres ont été gravement atteintes, ce qui a sans doutes dut précipiter sa mort. L'idée du suicide reste donc à l'écart et l'assassinat revient en force. Le mari de cette dernière la trouvée alors qu'il rentrait de son entraînement. Le fameux tueur, à présent réputé en Amérique, serait donc venu à San Angelo ? Ou quelqu'un d'autre prend sa relève ? Affaire à suivre..
*
____- Te voilà ma belle, lui soufflais-je, lentement.
__Le matin n'était pas le meilleur moment de la journée pour tuer. Vraiment pas. Trop de possibilités de visites imprévues, d'observations par le voisinage, non tout ça, c'était vraiment pas le top. Mais pour une fois, l'occasion était trop belle et j'allais saisir cette chance.
____- Tu te souviens de moi maintenant ? Demandais-je, en élevant le ton.
____- Oui, le garçon à côté de qui je me suis retrouvée nue, dans son lit, hier à l'hôtel ou mon mari séjourne, répondit-elle simplement.
____- Bien ! On dirait que ton amnésie est partie. Et la folle nuit d'amour que l'on a passé ensemble, tu t'en souviens ? Quand tu gémissais de ta petite voix aigu, quand tu me disais encore ? Tu t'en souviens de ça ?
____- D'amour ? Mais, pour que ça soit une nuit d'amour, il faut les sentiments, non ?
____- Moi je t'aimais, Shannon ! Criais-je, en sortant le couteau de ma poche. Je t'aime ! Et tu m'as repoussé, en te montrant aux bras de se sale type et encore pire, en me laissant seul dans ce lit qu'on avait partagé. Tu m'a humilié ! Et je ne le supporte pas. Tu es la mienne Shannon, je fais ce que je veux de toi, que tu le veuilles ou non. De grès ou de force.
____- Mais vous êtes malade ! Me dit-elle en reculant doucement, de peur que je ne l'attrape.
____- Oui, malade, ou plutôt fou. De toi. Alors, maintenant aime moi, ou je te tue.
____- Jamais !
____- Bien. Désolé, mais s'en est ainsi.
__Mes mains se refermèrent sur son coup, de manière à lui enlever un maximum de voix. Ses yeux me regardaient, traumatisés et ses muscles tétanises ne bougeaient pas. Rigolant, j'appuyais, plus fort, encore plus fort. Je voulais sa mort, je voulais voir la couleur de son sang, sentir sa chaleur recouvrir mes mains, voir ses yeux morts se fermer pour la toute dernière fois.
____- Je t'aimais, Shannon.
____- Alors... Pourquoi, vous faites ça ? Dit-elle, articulant le plus possible.
____- Parce que toi, tu ne m'aimes pas.
____- Vous croyez vraiment que c'est comme ça que vous allez trouver... l'amour ?
____- Non, mais en tout cas, c'est comme ça que je veux que ta vie s'arrête. S'en es fini.
__En pressant son coup, j'entendis le petit claquement sec des cervicales et je la fis retomber inerte sur le sol.
__Ma lame se planta, plusieurs fois, au niveau de son ventre, sa tête, ou encore de son coeur. Admirant ce sang qui coulait par litres, je savourais cet instant de plaisir.
__Le meurtre provoquait en moi un plaisir immense. Le plaisir d'entendre toutes ces victimes vous appeler, vous supplier, crier, pleurer. D'entendre ces victimes se poser des questions, vous poser des questions. De les entendre vous demander pourquoi. De les voir saigner, de sentir leur sang sur vous, leur sang chaud et collant, couler le long de vos bras pour entrelacer vos doigts. Le plaisir de voir leurs regards inerte, toujours fixé sur vous. Ce regard blanc et sans expression, se regarde de mort. Le plaisir de leur fermer les paupières vous-même, pour un repos éternel.
__Oui, c'est de ce plaisir là que je vous parle.
__Celui là et rien d'autre.
__Honnêtement, vous en avez déjà connu un meilleur vous ?